Patrick Fort, journaliste à l’AFP et jury du concours

Nombreux sont ceux qui oublient que l’Afrique est un énorme continent, couvrant 6% de la surface de la Terre et 20% de la surface des terres émergées. Ce sont surtout 54 pays, près de 2 000 langues vivantes, un millier d’ethnies… La Presse y est fort présente et active. Lors d’un voyage professionnel à Yamoussoukro (Côte d’Ivoire), j’ai rencontré Patrick FORT, journaliste à l’AFP, membre du jury du concours : « Les 100 plus belles photos du Bénin ». A distance, il a accepté de se dévoiler un peu…

Bonjour Patrick FORT,

De quelle/es origine/es es-tu ? Quand et pourquoi avoir posé tes valises en Côte d’Ivoire ?

Je suis Français et fier de l’être, mais j’ai eu la chance de souvent vivre à l’étranger. Je suis né au Canada. J’ai été élevé aux Etats-Unis et au Brésil. Pour le travail, j’ai habité en Espagne, au Gabon et en Côte d’Ivoire avec des longs séjours en Irak et en Centrafrique.

Jai posé mes valises à Abidjan car c’était la suite logique de mon histoire au Gabon. J’ai passé 6 ans à couvrir l’Afrique Centrale et l’Agence France Presse proposait ce job à Abidjan. J’ai donc postulé. Autant dire que je ne le regrette pas!

Quel âge avais-tu lorsque tu as signé ton 1er papier ? Quels souvenirs en conserves-tu ?

J’ai signé mon premier papier dans les… Echos du Touquet, un petit journal local ! C’était un mariage… Mais j’étais déja fier de ça. Ce devait être en 1990. J’y réalisais un stage de deux mois pour couvrir la vie de la région. J’écrivais des articles allant des concours de pêche à la politique locale… ça m’a permis de commencer dans le métier… et d’apprendre à conduire, aussi !

Quel sujet publié fait ta plus grande fierté ? Un souvenir marquant, amusant, émouvant, lors d’un reportage ?

Je suis très fier de ma couverture de la crise en Centrafrique, un pays que j’aime beaucoup. J’ai commencé à le couvrir en 2008, et je l’ai vu plonger. J’ai couvert l’arrivée de la Seleka1, la création des anti-Balaka2, l’intervention française, les massacres, les horreurs… Ce n’était pas forcément facile mais ce qui est amusant c’est qu’on me parle souvent de cette période et plus précisément d’un de mes papiers sur les Boîtes… de jour ! Les boites de nuit ne pouvant ouvrir à cause du couvre-feu, certaines ouvraient le jour. Ce n’était pas le sujet le plus compliqué !

En 2006, j’étais en Egypte pour la Coupe d’Afrique, quand a eu lieu le naufrage du ferry Al-SalamBoccaccio 98. Je me suis rendu à Safaga où les familles attendaient. On affichait les photos des corps retrouvés, sur des panneaux, pour que les familles les reconnaissent au fur et à mesure… A un moment, un jeune garçon, très poli, est venu me voir pour me demander s’il pouvait utiliser mon téléphone. Il voulait avertir ses proches. Il venait de découvrir les membres de sa famille sur les murs. Il m’a remercié très gentiment, comme si je lui avais rendu un énorme service. Il y a eu 378 rescapés, 185 morts, 949 disparus… Le soir, dans ma chambre d’hôtel, je me suis mis à pleurer tout seul, en pensant au gamin.

Journaliste à l’AFP : Beaucoup en rêvent, peu y accèdent. Une recette ?

Pas de recette ! Pour blaguer, je raconte souvent cette anecdote survenue avec mes parents. Alors que je leur disais que je voulais être journaliste, plus tard, mon père me rétorque : « Tu veux pas faire autre chose. C’est bouché comme métier ! ». J’ai dit « OK, j’e vais faire pilote de Formule 1 ». Ils ‘n’ont plus essayé de me faire changer d’avis ! Tout ça pour dire, qu’il faut essayer de faire ce qu’on aime, persévérer, ne pas renoncer et ne pas forcément écouter les conseils parfois « sages »…

Tes articles s’accompagnent forcément de visuels (photos, vidéos), Quels conseils ou recommandations donnerais-tu aux participants de ce concours ?

J’ai fait quelques photos pour l’AFP et ailleurs, même si je ne suis pas photographe et pas forcément très doué. Mais mon conseil, c’est d’essayer d’observer avant de mettre son oeil dans le viseur. Jai fait la Une de Jeune Afrique, avec une photo sur l’explosion du quartier de Mpila à Brazzaville en 2012. C’était la désolation. On se serait dit à Hiroshima… Je faisais des photos et je cherchais des témoins.  Mais à un moment, je me suis dit que les photos étaient des détails et ne racontaient pas toute l’histoire. Finalement, en observant, j’ai découvert un homme, assis en hauteur sur les restes de sa maison, le regard perdu dans le vide, un peu comme le penseur de Rodin. Ca racontait tout. Dès que je l’ai vu, j’ai su que c’était LA photo, cette scène. J’en ai fait une dizaine avant qu’il ne change de position. Puis, j’ai choisi la bonne. Elle a fait la Une de Jeune afrique et est parue dans de nombreux journaux dans le monde. Donc le conseil : bien regarder avant de mettre son oeil dans le viseur !

Comment résonne le nom Bénin en toi ?

Le Bénin, j’y suis allé une fois, en touriste. Et j’ai a-do-ré ! Ouidah, les palais d’Abomey, le village souterrain d’Agongointo-Zoungoudo, Porto Novo, Cotonou, la zone du port, des martyrs… la vie le soir… Je ne suis resté qu’une dizaine de jours et je ne suis pas allé dans le Nord. Une prochaine fois !

Pour mieux te cerner, jouons au questionnaire de Bernard Pivot :

  • Ton mot préféré ? Vosne-Romanée
  • Le mot que tu détestes ? Bouchonné
  • Ta drogue favorite ? Coca-Cola
  • Le son, le bruit que tu aimes ? C’est pour les vieux, mais le «clac» de la partie gratuite au flipper
  • Le son, le bruit que tu détestes ? Le moustique dans l’oreille…
  • Ton juron, gros mot ou blasphème favori ? Comme dirait Ubu : “Merdre alors… je vois pas”
  • Le métier que tu n’aurais pas aimé faire ? Contrôleur dans le métro ou dans le train
  • La plante, l’arbre ou l’animal dans lequel tu aimerais être réincarné, si c’est possible ? Un oiseau végétarien. Ca m’amuserait de voler, mais pas de manger des vers ou de tuer des mulots…

Découvrez les coulisses du travail de Patrick FORT journaliste à l’AFP.

1 : la Seleka (Séléka) est une coalition ethnique à coloration religieuse musulmane, constituée de groupes rebelles pour chasser du pouvoir le Président centrafricain, François BOZIZE.

2 : les anti-balaka sont des milices d’auto-défense mises en place par des paysans en République centrafricaine. Elles prennent les armes contre les Seleka lors de la 3ème guerre civile centrafricaine.

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